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La question du voile
Le Rassemblement national annonce son intention d’interdire le voile islamique dans l’espace public. Cette provocation destinée à créer une polémique appelle quelques réponses.
Jean-Philippe Tanguy est député RN de la Somme. Le 30 août il déclarait sur BFMTV : « Nous allons évidemment combattre l'idéologie islamiste et nous sanctionnerons le port du voile, aussi en solidarité avec toutes les femmes à travers le monde qui sont forcées à le porter et qui meurent pour avoir cette liberté ». Le port du voile serait sanctionné par une amende. La provocation est manifeste. Le député sait qu’elle est contraire à la Constitution et à la loi de séparation des Eglises et de l’État de 1905. Cette loi garantit la liberté de conscience de chaque citoyenne et citoyen. Y compris dans l’espace public. L’interdit de port de signes religieux ne s’applique qu’aux fonctionnaires et aux élèves, collégiens et lycéens dans l’enseignement public. Elles ont été votées dans un cadre démocratique. Elles sont à appliquer.
Jean-Philippe Tanguy prétend protéger les femmes contre l’imposition d’un signe religieux. Et donc, parfois, contre elles-mêmes. Cette proposition est contraire à la liberté des femmes. Il leur appartient, à elles et à elles seules, de décider du port éventuel d’un signe religieux, et de changer leur choix quand bon leur semble. Un interdit général va à l’encontre de cette liberté. L’imposition du port du voile va également à l’encontre de cette liberté. La famille, l’entourage immédiat, pèsent souvent sur ce choix présenté comme libre. Face à ces pressions, l’article 31 de la loi de 1905, modifié en 2020, est ferme : « Sont punis d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende ceux qui, soit par menaces contre un individu, soit en lui faisant craindre de perdre son emploi ou d'exposer à un dommage sa personne, sa famille ou sa fortune, ont agi en vue de le déterminer à exercer ou à s'abstenir d'exercer un culte, à faire partie ou à cesser de faire partie d'une association cultuelle, à contribuer ou à s'abstenir de contribuer aux frais d'un culte. Les peines sont portées à trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende lorsque l'auteur des faits agit par voie de fait ou violence». Il n'est donc nul besoin de compléter un arsenal législatif déjà existant.
Le sens réel de la proposition du Rassemblement national, telle qu’elle est exprimée, est aisé à décrypter. Il y a plus de vingt ans, lors des débats sur le port de signes religieux par trois lycéennes à Creil, Pierre Bourdieu évoquait la « question patente », celle du port du voile, et la « question latente - faut-il ou non accepter en France les immigrés d’origine nord-africaine ? ». L’interdit posé sur le port du voile permettant de donner à la question latente « une réponse autrement inavouable ». De même, face à la mouvance militante souhaitant imposer le port du voile aux femmes identifiées comme musulmanes, il faut répondre nettement que toutes les personnes vivant en France voient leurs droits garantis par la République. La liberté ne se divise pas.
Sources : https://blogs.mediapart.fr/edition/laicite/article/080926/la-question-du-voile



